lundi 3 mars 2008

en parallèle


François Bon écrit :
"Je ne connais pas la langue russe. Je n’en sais que la musique rauque et soufflée, cette continuité suspendue et égale, quelque chose qui va avec les pommettes hautes et le pays rude, les espaces vastement déployés comme lorsque le train " Étoile d’argent " vous emmenait de Moscou à Leningrad, la langue fixée à ces rituels d’agenouillement immuablement répétés devant les icônes de Zagorsk, et cette impression d’étrangeté terriblement lourde d’inconnu lorsqu’une fois, pour m’être trompé de sens sur une ligne de bus, je demandais vainement mon chemin, le soir d’octobre tombé, dans un fond éloigné de Moscou. C’est tout cela que j’ai retrouvé plus tard, découvrant L’Idiot traduit par André Markowicz, puis ses autres traductions de Dostoievski, et que je ne savais pas, aux précédentes traductions fréquentées, y avoir été. Cette manière rauque et suspendue, ces glissements, cette confrontation permanente à l’inconnu qui vous livre au bégaiement, à la phrase idiote, vous brûle la langue comme ces êtres que promène Dostoievski ont la cervelle si étrangement devenue monomaniaque ou le corps épuisé. Markowicz a restauré la langue dans Dostoievski, et on comprend mieux après lui pourquoi Flaubert, qui l’avait respiré, a pu le rejeter en bloc, et Proust dire qu’à Dostoievski il vouait un culte (expression qu’il n’utilisera jamais pour personne d’autre). "

Que l'on peut continuer ou approfondir ici .

Si l'on lit le russe, se plonger ici pour le premier chapitre.



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